Covid : une époque sans précédent pour la place de la science

Pendant la période du Covid, la science a occupé une place centrale dans notre quotidien. Des scientifiques étaient omniprésents sur les plateaux télés pour parler du virus, de l'état de l'hôpital, de la recherche en cours. Mais aujourd'hui, où en est-on ?

La science dans notre quotidien aujourd'hui

La science reste présente, mais différemment :

  • Les spécialistes : (diététiciens, kinésithérapeutes, ...) utilisent leurs connaissances scientifiques dans leur pratique,
  • Les journaux de vulgarisation scientifique : décryptent les découvertes avec des interviews et des croisements de faits,
  • Le marketing scientifique : utilise des arguments pseudo-scientifiques pour donner du poids à un produit sans véritable preuve,
    Exemple : "Le meilleur régime". Meilleur pour qui ? Meilleur pour quel but ? Dans quelles conditions ? La science ne se résume pas à citer une étude, mais à analyser l'ensemble des recherches disponibles.
  • YouTube et les réseaux sociaux : certains créateurs prennent une ou deux études pour justifier leur point de vue, mais quelle est la rigueur de leur analyse ?

Science et médias : deux temporalités incompatibles ?

Le temps scientifique

Le temps scientifique est long. Il y a deux aspects :

  1. Mener une recherche :
  • Définir une méthodologie robuste et validée.
  • Réaliser l'étude : cela prend du temps (effets biologiques, nombre de participants, ...)
  • Analyser, publier, et laisser le temps à la communauté scientifique de débattre et reproduire les résultats.
  1. Revoir la littérature scientifique : en plus de ses recherches propres, le scientifique se maintient à jour des recherches des autres scientifiques du domaine via la littérature scientifique, les congrès.

Le temps médiatique

Le temps médiatique est court. Chaque intervention doit être percutante (information choc, émotion...). Ces deux temporalités sont difficiles à concilier. Un scientifique qui intervient trop souvent sans prendre le temps de vérifier ses informations risque de devenir un chroniqueur plutôt qu'un scientifique.

Exemple :

  • Une étude montre que des coureurs chevronnés font 100m en moins de 10 secondes.
  • Si on ne précise pas ce détail, on pourrait croire que tout le monde peut courir en moins de 10 secondes !

Ce genre de raccourci arrive aussi dans les formats internet courts (YouTube, TikTok, Instagram).

Différencier un scientifique d'un chroniqueur

Un scientifique est un expert dans son domaine (ex : un psychiatre parle de psychiatrie). S'il parle d'un autre sujet, il devient un chroniqueur.

Exemple :

  • Un psychiatre qui parle du réchauffement climatique n'est pas un expert du climat.
  • Un médecin qui parle de la gestion de crise à l'échelle d'un pays ne maîtrise pas forcément la logistique et la sociologie.
  • Un virologue peut parler de l'impact du climat sur un virus (données d'incidence passées), mais pas de l'impact d'un virus sur le climat (trop de paramètres en jeu).

La télé joue souvent sur cette zone de flou: un climatologue qui parle de la dépression liée au climat, est-il compétent sur le sujet ?

Comment s'y retrouver en tant que spectateur ?

Le meilleur conseil que j'ai trouvé à me donner à moi-même et que je peux vous partager est : faire preuve d'esprit critique et se faire confiance. Les médias sont conçus pour capter notre attention et court-circuiter notre réflexion. Mais on peut déconstruire leurs mécanismes.

Exemple avec une pub :

  • "Cet outil est mauvais."
  • Réflexion : Sur quel critère ?
  • "Il casse 80% du temps."
  • Réflexion : 80% de combien de tests ? Avec quel type d'utilisateur ?
  • "Regardez, il est cassé !"
  • Réflexion : Montrer un cas isolé prouve-t-il quelque chose ?

Prenons l'exemple de la crise climatique :

  • "Il faut trier ses déchets !"

    • Une crise climatique ? Réchauffement climatique par effet de serre qui cause : fonte des glaces, élévation du niveau de la mer à une vitesse plus élevée que si l'humain n'existait pas.

    • Trier évite-t-il le réchauffement ? Recyclage des déchets plutôt que destruction -> moins de CO2 -> effet de serre réduit -> moins de réchauffement?

    • Conclusion : oui, trier a un effet.

  • "Il faut manger du soja plutôt que du blé !"

    • Manger du soja évite-t-il le réchauffement ? Oui, le soja nécessite moins de produits chimiques que le blé, mais il faut importer le soja depuis l'autre bout du monde.

    • Conclusion : Le soja est bon pour l'environnement (moins de produits chimiques), mais pas pour le réchauffement climatique dans le cas de la France (j'expose ici la limite de mon argumentaire, un pays qui n'aura pas besoin d'importer ne rencontrera pas cette limite).

Conclusion

Développer un esprit critique a changé ma façon de consommer les médias. J'ai changé ma manière de regarder la télé : je la vois maintenant avant tout comme un divertissement et une ouverture d'esprit, beaucoup moins comme une source de vérité. Avec Internet, nous avons la possibilité d'identifier et de suivre les sources vraiment compétentes, et les écouter sur des formats qui laissent le temps de l'explication, de l'argumentation, du détails..

Bref, restons curieux et critiques, c'est le meilleur moyen de comprendre le monde !

A très vite 🙂

La Science à la télé : entre rigueur et spectacle

Quelle frontière entre le scientifique à la télévision et le chroniqueur avec un bagage scientifique ?